Nouvelle journée de championnat qui commence, nouveaux jets loués 25 000 € la journée dans le ciel pour le confort de ces messieurs footballeurs.

Dimanche dernier, le vol effectué par les lyonnais pour rejoindre la capitale a fait polémique. En effet, depuis Part Dieu, rejoindre la Gare de Lyon c’est 2h de train mais on le sait, depuis toujours, bilan carbone et footballeurs ne sont pas deux sujets qu’on a l’habitude d’associer positivement.

Déjà en 2011, le rapport « Footballer’s Ecological Footprint » de Greenpeace tirait la sonnette d’alarme. En 2007, l’empreinte écologique de David Beckham correspondait à 163 tonnes de CO2 soit il avait autant voyagé en avion que s’il était allé sur la lune.

Planter 835 arbres pour compenser Marquinhos

L’an dernier, une évaluation réalisée par FootballPredictions sur les émissions de CO2 dues aux déplacements aériens des 20 premiers du Ballon d’Or 2019 nous apprenaient, qu’à eux seuls, ils émettent plus de 500 tonnes de CO2 par an. En tête on retrouvait le brésilien Marquinhos qui a parcouru environ 110 000 km en avion dans ses seuls matchs internationaux et en club alors que Ronaldo, 20ème, a parcouru que 25 000 km. Les joueurs sud-américains sont forcément de grands consommateurs de l’espace aérien notamment pour retrouver leur sélection 4 à 5 fois par an. En émettant 53,5 tonnes de CO2 de par ses déplacements en avion, Marquinhos émet 200 fois plus de CO2 qu’un français moyen qui utilise ce mode de transport (0,27 tonnes de CO2). Pour compenser ses émissions, il faudrait que 835 arbres poussent pendant 10 ans. Du côté de Neymar, qui a émis 38 tonnes de CO2, c’est l’équivalent de 8 voitures qui auraient été conduites sans interruption pendant un an. Neymar qui semble être le dernier à se soucier de son impact environnemental quand il multiplie les aller-retour Paris, Barcelone, Rio pour soigner ses blessures, consulter l’avis de divers spécialistes ou simplement assister à un match de football puis repartir. 

Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Alors bien sûr, il y a les joueurs de football et leur usage abusif des jets privés et il y a aussi les clubs qui organisent des tournées d’été en Amérique du Nord ou en Asie. En juillet 2015, Manchester City a fait 34 000 km pour jouer en Australie, au Viêt Nam et en Allemagne. Il y a aussi les ligues qui font jouer des finales de coupe en Arabie Saoudite et des trophées des Champions à Shenzhen soit à 9594 km de Paris. Pourtant, la LFP est engagée auprès de WWF afin de « sensibiliser les supporters à la protection de la biodiversité et réduire l’empreinte environnementale des clubs ». Cela passe par inciter les supporters à se rendre au stade en transports en commun parfois gratuit comme à Nantes les jours de match ou à utiliser le covoiturage comme via l’application StadiumGO partenaire de l’OM ; ainsi que réduire l’usage de plastique notamment dans les buvettes. Parce qu’il est important de faire attention à l’environnement mais il l’est encore plus de faire la promotion du football dans des marchés émergents et attractifs financièrement comme la Chine ou aux Émirats Arabe Unis.

Rome-Bakou : 3112 km

En 2016, pendant la phase de groupe de l’Euro, chaque équipe jouait dans trois stades différents et logeaient souvent dans une quatrième ville. En 2020, la phase de groupe a lieu dans 2 villes différentes mais parfois celles-ci sont distantes de 1149km comme entre Copenhague et Saint-Pétersbourg qui accueillent le groupe B avec la Belgique. Celle-ci, qui avait prévu de séjourner entièrement dans son camp de base au pays, a réservé un mini camp de base au Danemark après son deuxième match et avant de retourner à Saint-Pétersbourg pour éviter les trop fréquents trajets et surtout, favoriser la récupération. Car oui, l’avion présente l’avantage d’être rapidement chez soi après un match mais l’avion n’est pas très bon pour l’organisme pour autant. La circulation sanguine est mauvaise et à cause de l’air en cabine, on peut développer des bactéries. Qui n’est pas déjà sorti d’un avion avec un mal de gorge ? Levez la main, je n’en compte pas beaucoup. 

Alors quand vous interpellez l’UEFA sur le sujet, l’instance répond que ce qui pollue, c’est moins le transport aérien que la construction de nouveaux stades or pour l’Euro 2020, tous les stades étaient existants. Vous imaginez l’impact environnemental de la Coupe du Monde au Qatar en 2022 ? En plus de construire 9 stades sur 12, ils vont devoir être climatisés et même si sur place les transports ne seront pas le plus gros souci, il va quand même y avoir un déplacement massif de supporters. A titre d’exemple, les dernières Coupe du Monde de 2014 et 2018 ont respectivement généré plus de 2 millions de tonnes de CO2 chacune.

23 joueurs et 15 000 supporters

Évidemment, l’autre point à prendre en compte c’est qu’au-delà des équipes qui sont amenées à voyager partout en Europe et dans le monde, celles-ci entraînent aussi un mouvement humain conséquent lié au déplacement de leurs supporters. L’an dernier, pour la finale de l’Europa League entre Chelsea et Arsenal, ce sont 45 000 fans qui se sont déplacés à Bakou, soit un déplacement qui aurait émis plus de 24 000 tonnes de CO2. A la base, on parle de deux clubs de la même ville, distants de quelques kilomètres. Même chose quelques jours plus tard pour la tenue de la finale de la Champions League où là encore, les supporters de Tottenham et de Liverpool ont dû faire le chemin jusqu’à Madrid.

Il y a quelques jours, l’AFP révélait que pour l’Euro 2020 : « Un supporter polonais souhaitant voir tous les matchs de sa sélection devra, rien que sur la phase de poules, parcourir 6000 km en 10 jours, de son pays jusqu’à Bilbao en Espagne en passant par Dublin en Irlande. ». Même chose pour les supporters anglais. Leurs matchs de groupe se déroulent au Royaume-Uni, entre Londres et Glasgow, et si leur équipe va jusqu’en demi-finale, ils reviendraient à nouveau à Londres. Néanmoins, entre temps, leur route passerait par Dublin et Rome s’ils finissent vainqueur de leur groupe, Copenhague et Saint-Pétersbourg s’ils finissent second ou bien Budapest et Bakou s’ils finissent troisième. Au-delà de ce nouveau tour d’Europe, cela signifie également de prendre des billets d’avion en dernière minute car pas d’autres solutions si près de l’événement et là encore, une émission de carbone en hausse. 

Enfin ne vous inquiétez pas trop non plus, l’UEFA a prévu de planter 600 000 arbres pour compenser les déplacements de supporters.

Zéro déchet FC

Allez c’est bon, d’accord, maintenant que les cartons rouges sont distribués, on va quand même lister quelques bons points avec des initiatives prises par les clubs pour réutiliser leurs déchets et réduire leur impact environnemental. Car oui, il y a beaucoup de mauvaises usages mais le changement s’opère et les clubs prennent de plus en plus d’initiatives pour être plus vert.

– Lors de l’Euro 2016, 6 stades sur 10 utilisaient de l’énergie provenant de panneaux solaires et 7 stades sur 10 avaient des systèmes pour collecter l’eau de pluie.

– Lors de ses rencontres face à l’Ajax et Chelsea en Ligue des Champions, Lille s’est déplacée en Eurostar plutôt qu’en avion. D’autres clubs en Espagne et en Italie comme l’AS Roma ou la Juve favorisent aussi ce moyen de transport si les heures des rencontres sont adéquates. 

Arsenal est passé à l’électricité renouvelable en 2017. Côté buvette, les pailles en papier et les agitateurs en bois ont remplacé le plastique et des options végétaliennes sont prévues au menu. 90% des déchets sont recyclés les jours de matchs alors que le stade a un système pour réutiliser l’eau prévue pour l’irrigation.

Manchester City a des espaces de stationnement pour vélos et des points de recharge électrique autour de son stade. Le club a également introduit un système de gobelets à bière réutilisables qui a permis d’éliminer 29 000 gobelets en plastique à usage unique chaque jour de match et a également réussi à réduire sa consommation d’eau de 83% grâce à l’utilisation d’eau de pluie.

Manchester United a pour politique d’acheter de l’électricité verte certifiée pour toutes ses installations. Le club a installé un programme « Cycle to work » pour le personnel afin de réduire le coût d’achat d’un vélo et de ses accessoires. Enfin, tout ce qui n’est pas recyclé sur place est utilisé pour produire de l’énergie tandis que les déchets alimentaires sont compostés.

– Plusieurs stades ont des sièges recyclés comme le stade où joue Everton (Bramley-Moore Dock) ou encore celui de la ville de Pontedera en Italie. Pour le premier, ce sont des « sea seat », soit des sièges fabriqués à partir de 10% de plastique collecté dans l’océan tandis que le reste provient d’autres sources. Pour le second, tous les sièges du stade sont recyclés. Le plastique utilisé pour les produire provenait de la collecte des déchets de la ville elle-même, garantissant ainsi une économie circulaire de zéro kilomètre.

– Lors de la Coupe du Monde 2018 en Russie, 3,2 millions de gobelets à bière ont été rapportées à la maison en souvenir, néanmoins 50 000 ont eu une seconde vie. Budweiser et le comité local d’organisation de la Coupe du monde se sont associés pour transformer ces gobelets pour créer un terrain de football en plastique entièrement recyclé près du stade de Sotchi. 

– Toute personne qui a déjà été voir un match de football en Espagne sait le fléau que sont les graines de tournesol. A la Real Sociedad, il transforme les coques de graines de tournesol que les supporters mangent pendant les matchs en compost que les fermes locales utilisent comme engrais organique.

– Depuis 2009 et de ENTEGA, fournisseur d’énergie verte, en tant que sponsor, le FSV Mainz 05 a mis en place des initiatives pour atténuer son impact environnemental. Le club a changé la source d’énergie de son stade en électricité verte et modernisé le système de ventilation pour être plus économe en énergie. Lors de la construction de leur nouveau stade, ils ont installé des lumières LED et des capteurs de lumière dans les toilettes. Le club a subventionné des bus pour emmener les supporters aux matchs à l’extérieur et distribue au hasard des billets VIP aux fans arrivant à vélo. 

– Les panneaux solaires sont à la mode en Allemagne, le Werder Brême détient actuellement le titre du plus grand système photovoltaïque intégré à un bâtiment en Europe, produisant environ 800 000 kWh par an.

Enfin, on pourrait carrément créer un manuel des actions à suivre pour être un club 100% écolo si on analysait en long et en large le fonctionnement du Forest Green Rover mais ce club mérite son article à lui tout seul. 

Alors n’oubliez pas, allez au stade en transport en commun, à vélo ou utilisez le covoiturage ce week-end. C’est sympa pour la planète.

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